Atelier de Ghislaine #206

Que deviendra-t-elle?

Depuis qu’elle est toute petite
De tous, elle subit l’ironie.
Elle se referme dans une espèce de gîte,
Dans l’attente, dans la mélancolie.

Elle pleure, seule, dans son lit.
Elle s’invente des amies imaginaires.
Face contre l’oreiller, elle crie,
Déverse des larmes solitaires.

À défaut de clarté,
Elle ferme les yeux.
Elle rêve de sérénité,
Elle rêve de merveilleux.

À force de solitude,
Transformée en fruit sauvage
De la ronce, de l’incertitude,
Sans aucun succès, ni bagage.

Que deviendra-t-elle?


Ce texte a été inspiré par les mots imposés de Ghislaine.

Ironie, attente, succès, défaut, ronce, clarté

Tranche de vie d’une sexagénaire – Pourquoi attendre?

La tempête s’est poursuivie jusqu’au petites heures du matin. Raoul avait bien fait de préparer un sac week-end avec tout ce dont il avait besoin pour séjourner chez Blandine jusqu’au lendemain. Les routes étaient désastreuses et aux nouvelles de fin de soirée, on parlaient de plusieurs sorties de routes.


Lundi matin.  La neige a cessé de tomber.  Le soleil est de retour. Faire la grasse matinée dans les bras de Raoul, celui qu’elle appelle maintenant « son Homme ».  Pur bonheur!

Être à ses côtés, jour et nuit.  Ne plus craindre la solitude.

Continuer à deux afin de ne pas sombrer dans l’ennui.

Blandine poursuit sa rêvasserie, les yeux ouverts, un sourire naïf au coin des lèvres.  La pandémie des dernières années lui a fait réaliser bien des choses.  Ça fait tellement longtemps qu’elle y songe.  Mais qu’attend-elle pour lui dire tout haut ce qu’elle a en tête depuis un bon moment?  Attendre impatiemment le week-end pour être heureux.  Attendre les vacances pour profiter de la vie.  Attendre de voir fondre la neige pour lui partager sa pensée.  Attendre, toujours attendre.  À son âge!  Pourquoi attendre?  La vie est si courte.  Pourquoi se contenter de peu?

Raoul se tourne vers elle.  L’air heureux.  Elle lui rend son sourire.  Et sans attendre, avant même de lui dire bonjour, elle lui lance, non sans un brin de nervosité dans la voix: »

Raoul, que dirais-tu de venir t’installer ici?  On pourrait même faire ça avant Noël si tu veux! J’aimerais tant poursuivre ma route avec toi, jour après jour.  »


Ce texte a été écrit dans le cadre d’un défi lancé par l’Atelier d’écriture de Ghislaine. Les mots imposés étaient: Sombrer, fondre, craindre, poursuivre, continuer, faire + inclure 5 mots débutant par la lettre N.

Tranche de vie d’une sexagénaire – Dimanche enneigé

Blandine regarde par la fenêtre.  C’est tellement triste de voir tous ces arbres dénudés de leurs feuilles qui semblent attendre impatiemment la première neige qui recouvrira enfin leurs branches squelettiques.

Le vent s’élève soudainement.  Une poudrerie* s’installe. Exactement comme nous l’a prédit, ce matin, la dame de la météo de Salut Bonjour**. Une légère couche de neige tapisse rapidement le sol.

« Avec cette température, Raoul ne viendra sûrement pas faire son tour. » pense tout haut Blandine.

Elle referme le rideau de dentelle blanche et s’installe à sa table d’écriture. Elle ouvre le tiroir et en sort son plus beau papier à lettre.  Un papier qu’elle a reçu en cadeau de son amie Louiselle, juste avant son déménagement sur la rive-sud de Montréal. Et oui, Blandine est de la génération qui utilise encore le papier et le timbre poste.  Elle décide d’envoyer une lettre à son amie de toujours à qui elle se sent à l’aise de partager ses confidences. Mais c’est aussi pour le plaisir de recevoir, en retour, du courrier par la poste.

Elle n’a pas le temps de sortir sa plume de l’étui qu’on frappe à la porte.

En écartant le rideau, elle aperçoit un Raoul à la moustache enneigée qui lui sourit à belles dents en retenant son chapeau.

« Blandine! J’ai pris la décision de venir te voir malgré la tempête! Regarde, j’ai même apporté quelques vêtements de rechange au cas où il me serait impossible de retourner à la maison ce soir! »

(Note de l'auteure: "Ah le coquin! Il a tout prévu!")

« Entre, Raoul, entre! Ma parole! Tu es fou d’avoir braver cette tempête! Mais, je suis tellement contente de te voir! Donne-moi ton manteau et installe-toi au salon, je te rejoins à l’instant. Prendrais-tu un café? »

Sans attendre sa réponse, c’est d’un pas alerte que Blandine se dirige à la cuisine pour faire couler un café à celui qu’elle appelle maintenant « son Homme ».


*Poudrerie: Au Québec, neige fine et sèche que le vent fait tourbillonner.

**Salut Bonjour: émission télévisée du matin populaire au Québec.


Ce texte a été écrit grâce aux mots imposés par L’atelier d’écriture de Ghislaine. Les 6 mots proposés: Papier, vent, feuille, confidence, parole, légère

Tranche de vie d’une sexagénaire – Réflexion matinale

Réflexion matinale

Mi-novembre! Déjà!

Blandine prend tranquillement son café. Sans lait. Il n’est que cinq heures du matin. Elle aime se lever tôt. Elle a l’impression de s’approprier du temps qui lui reste.

L’obscurité est encore bien présente. Heureusement qu’il a commencé à neiger. Le paysage est de moins en moins grisonnant, car la semaine dernière encore, les arbres et le sol étaient aussi gris que sa chevelure de sexagénaire.

Elle s’installe, comme à chaque matin, devant son cahier d’écriture. Une musique douce accompagne ce moment. La lumière tamisée lui apporte ce calme dont elle a tant besoin. Les mots glissent sous sa plume comme par magie. Il lui arrive même d’ajouter un peu de couleur sur une page, entre les mots. C’est sa façon à elle de bien débuter ses journées.

Ce moment qui s’étire souvent jusqu’à ce qu’il fasse clair à l’extérieur.

Ces instants bien à elle d’une durée indéterminée qui lui donnent la vive impression d’être vivante et libre comme l’air?


Texte écrit selon les mots imposés de Ghislaine. Couleur, lumière, temps; durée, magie, air, clair, obscurité.

L’automne et l’hiver

L’atelier d’écriture de Ghislaine nous propose d’écrire un texte à partir de l’alphabet. Nous sommes dispensés des lettres: W, X, Y et Z.

Automne, saison des couleurs
Bouleaux, frênes, érables et
Chênes majestueux tourneront
Doucement vers le rouge, le jaune
Et l’orangé.  Par jour venteux, une
Farandole de feuilles tombées
Garniront le sol du boisé
Heureusement,
Il neigera bientôt… ça fera la
Joie des enfants
Kermesse sur neige
Lainages, bottes et foulards
Manteaux, tuques et mitaines
Nuits fraîches, tempêtes et poudrerie
Occuperont les conversations
Pour les prochains mois
Québec, hivers rigoureux
Rien à faire, on ne s’en
Sort pas
Toujours la même chose
Une année suit l’autre
Vaut mieux s’y faire!


Les hauts et les bas

Après s’être fait masser vigoureusement
à tour de rôle,
ils se sont perdus
dans cette cuve remplie d’eau.
La peur au talon
de ne plus se revoir
dans ce tourbillon savonneux.

En regardant vers le haut.
il croit l’apercevoir...
Est-ce un mirage?

Mais non,
il doit faire face à cette réalité
Pour ne pas dire fatalité!
Madame Blancheville qui,
depuis toujours,
obsédée par la blancheur
Une obsession!
Voilà qu’elle l’asperge
d’un jet de javelisant…
Quelle répugnante odeur!

L’essorage, à son tour
le fait chavirer
cul par-dessus tête!
Difficile pour un bas!
Le voilà qu’il s’imagine
le pire des scénarios…

« S’il fallait que je ne retrouve plus l’autre, qu’adviendrait-il de moi? »


Écrit selon les consignes données par l’atelier d’écriture de Ghislaine. Huit mots imposés à insérer dans notre texte: Haut tour apercevoir mirage réalité eau blancheurbas

TRANCHE DE VIE D’UNE SEXAGÉNAIRE – Transformation

Le texte suivant m’a été inspiré par les mots imposés par Ghislaine ainsi que par l’automne, la plus belle saison du Québec.

Mots imposés: Joli, ton, oasis, odeur, verdure, obole, ombre, ciel


Transformation

Comme à tous les matins,
Blandine regarde par la fenêtre.
Le ciel est bleu, mais pas pour très longtemps.
Au loin, elle aperçoit l’ombre d’immenses nuages gris,
un ton de gris manaçant qui annonce la pluie.

Heureusement, le vent est absent.
Elle connait son ciel par coeur,
elle sait qu’elle a suffisamment de temps
pour sa promenade quotidienne.

Sans aucune hésitation,
elle enfile ses espadrilles,
enroule un joli foulard autour de son cou
et décide d’apporter un parapluie… juste au cas!

Depuis quelques mois,
elle a pris l’habitude de sortir
pour marcher à tous les matins.
Elle se retrouve immanquablement dans ce sentier
qui lui apporte le réconfort dont elle a tant besoin.

Une oasis de paix entourée d’arbres gigantesques qui,
en ce mois d’octobre, se transforment
en revêtant leur plus beaux atours.
Bientôt, les arbres perdront leurs feuilles, une à une.
Elles se déposeront au sol
telle une obole au fond d’un panier.
La verdure des sous-bois disparaîtra, tranquillement,
ramenant cette odeur de feuilles humides, si familière,
qui nous prépare mentalement
à la rudesse de l’hiver.

Les deux pieds dans le sable

Depuis quelques jours, cette chanson de la Compagnie Créole lui trotte dans la tête comme un ver d’oreille.

« Ça fait rir’ les oiseaux.
Ça fait chanter les abeilles.
Ça chasse les nuages
Et fait briller le soleil. »

Assise dans le taxi qui les ramène de l’aéroport à la maison, elle appuie la tête sur son épaule et ferme les yeux quelques minutes. 

« Vous avez fait bon voyage? » demande le chauffeur en les regardant dans son rétroviseur. »

Affirmatif » lui répond sans hésiter son amoureux.  « On se serait cru au paradis! »

Elle sourit en gardant les yeux fermés.  Cet homme qu’elle aime éperduement!  Il est tellement beau.

Quelle chance ils ont eue de faire ce voyage dans les Caraïbes, ils en avaient tellement besoin.  Février est si froid au Québec. 

Elle se revoit encore, assise sous le parasol, les deux pieds bien enfoncés dans le sable à siroter un rhum jus d’orange.  Et il y avait toujours cette odeur d’héliotropes qui flottait dans l’air et qui lui rappelait le parfum du lilas de son enfance.  Ces parcelles de petits bonheurs qu’elle apprécie et qu’elle accumule au fil du temps.  Merci la vie!

Ce genre d’escapade a toujours eu un impact positif sur leur vie de couple.  Les voyages, cette façon bien à eux qu’ils ont développée, leur permettent reconnecter tel les deux hémisphères du globe terrestre.  Prendre du temps pour eux et mettre sur pause pour quelques jours le train-train quotidien du métro-boulot-dodo. 

Heureusement, dans ces moments, ils peuvent compter sur leurs parents, fidèles alliés, à qui ils confient les enfants à chaque année.  Ils en ont de la chance.  Et surtout, ils ne l’ignorent pas, contrairement à bien d’autres!

Ils savent depuis longtemps comme il est important de préserver la flamme dans leur couple car, un jour, les enfants prendront leur envol… et feront leur propre vie!


Ce texte a été écrit dans le cadre d’un challenge d’écriture proposé par Marie Kléber de l’Atmosphérique.

Les consignes étaient d’insérer 9 mots imposés ainsi que 5 autres mots débutant par les lettres « PAR ».

Les mots imposés: allié, hémisphère, impact, taxi, héliotrope, chance, envol, affirmatif, créole.


Le lecteur

Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Ghislaine.

Les 8 mots imposés étaient: Espérer, lecteur, plaisir, délicate, penser, moindre, soupir, détresse.


Le lecteur

Il espère secrètement une fin heureuse.
Il prend plaisir à lire chaque mot.
Il tourne les pages délicatement.
Il prend une pause à la fin d’un chapitre.
Il se met à penser tout haut.
Il pleure à la moindre émotion.
Il relâche ce soupir d’insatisfaction.
Il ressent la détresse en lisant le dernier mot.


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Le fil des saisons

Cette semaine, Marie Kléber nous invite à écrire de la poésie en prose (Ce genre se caractérise par sa brièveté, une apparente simplicité mais une densité bien réelle, une unité thématique, un jeu sur les images et une recherche de musicalité), sur le thème de l’odorat.

Ai-je répondu à son invitation?


Le fil des saisons

Fermer les yeux, écarter les narines.  Sentir cette odeur qui émerveille.  Elles tourbillonnent devant nous, chatouillent notre odorat.  Elles se déposent sous nos pas, pressés par on n’sait quoi. Sous nos semelles usées par le temps, elles se laissent craquer. Ce temps qui passe et qui refroidit, ce temps qui amène les jours gris. Il sent bon la neige qui éblouit le regard. Le printemps se renouvelle sous un ciel de nuages cousus de fils blancs ouatés. Ça sent bon les bourgeons, ça sent le miel. Puis revient l’été parfumé de fleurs. Ces fragrances sauvages qui s’entremêlent d’effluves d’herbe fraîchement coupée.


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