4 collages 4 haïkus

Des mots et des images. 4 haïkus inspirés par 4 collages numériques. Bonne lecture!

Le succès

Une fleur à la fois
Le jardin qui fleurit
Printemps de bonheur


Retrouvailles

Joies inattendues
Accolades et embrassades
Bonheur estival


La créativité

Au fil des saisons
Jouer avec les images
Créer du bonheur


Prendre son envol

Quitter le printemps
Le coeur gonflé de bonheur
Volant vers l’été


Et toi, tu aimes écrire des haïkus?

Le silence des mots

Le silence des mots

J’écoute tes longs silences
De plus en plus intenses
Plus intenses que les mots
Qui viendront bien tard ou tôt

Rien ne sert de supplier
Il vaut mieux nous oublier
Nuit et jour j’essaie d’y croire
Je n’y vois qu’un grand trou noir

Comme les fleurs tout en rosée
Mes pleurs au soleil séchées
Le bonheur je l’aperçois
Même si c’est chacun pour soi


Trois fois par mois, Ghislaine nous propose des mots à insérer dans nos textes. Voici les mots imposés: SILENCE, NUIT, SUPPLIER, INTENSE, PLEURS, CROIRE.

Pour lire mes textes, je t’invite à consulter l’atelier d’écriture.

Les maux et les mots

Les maux et les mots

Tous ces mots enfouis, écrasés
Ensevelis par un long hiver
Comme si c’était hier
Comme si c’était jamais arrivé

Ces mots qui semblent prisonniers
Les exprimer, oui, mais comment
Ces mots coincés depuis longtemps
Pouvoir crier, être écouté.

Comment dire la souffrance
Comment guérir un coeur meurtri
Comment faire confiance en la vie
Oser quelques pas de danses

Comment savoir ce qui est mieux
Pardonner, aimer à nouveau
Laisser aller tous ces maux
Avant de se sentir trop vieux


Les mots suggérés par Ghislaine: Aimer, écouter, dire, faire, savoir, pouvoir.

Tranche de vie d’une sexagénaire – Blandine a fait un rêve

Réglé comme une horloge, Raoul se lève toujours à l’heure des poules. Nul besoin d’avoir un coq dans sa cour… c’est ainsi. Depuis qu’il est à la retraite, il se réveille de plus en plus tôt. Il a comme un urgent besoin de profiter de la vie.

Depuis qu’il a déposé sa valise chez Blandine en début d’année, il aime se lever tôt pour flâner au jardin dès que le soleil se pointe le bout du nez. Il sort du lit sur le bout des pieds, il ne voudrait surtout pas éveiller sa douce. Il aime ce moment de solitude, siroter son premier café tout doucement, bien installé dans la balançoire près des iris et des rosiers plantés, il y a de cela plusieurs années, par sa chère Blandine. Ses fleurs sont magnifiques. Elle a le pouce vert, comme on dit. Par contre, il y a un coin de jardin près duquel Raoul ne s’installe jamais. L’odeur du lys le répugne au plus haut point. Il faudra qu’il en parle à Blandine. Il ne voudrait surtout pas la vexer.

Et depuis quelques jours, la pelouse qui encercle le jardin de fleurs est envahie par cette fleur mal-aimée de tous… le pissenlit! Quelle désagréable fleur! Surtout lorsqu’elles arrivent en fin de vie! Et pour comble, récemment, les élus de la municipalité ont instauré une loi interdisant l’épandage d’herbicides, même ceux qu’on dit bio à base de graines.

Lui et Blandine n’ont vraiment plus l’âge de se traîner à quatre pattes pour retirer les racines de cette fleur, une à une. Ils n’ont surtout pas envie de se mettre au vin de pissenlits. Que faire alors?

Sept heures.

La porte s’ouvre sur une Blandine souriante.

« Viens t’asseoir près de moi, Blandine. » lui offre tendrement Raoul.

« J‘ai fait un rêve, Raoul. Je crois avoir trouvé la solution à notre problème de pissenlits!« 

« Vraiment? » de répondre Raoul. « Et bien… bon matin! Attends, je te fais couler un bon café et je reviens…« 

De retour près de Blandine, elle lui raconte, qu’en rêve, elle s’est retrouvée entourée de fleurs sauvages aux corolles multicolores. Ce qui lui a donné l’idée de remplacer la pelouse de la cour arrière par des fleurs sauvages et des sentiers où ils pourraient marcher et faire ainsi la guerre à cette fleur jaune si envahissante!

Moment zen – Jardin Botanique de Montréal (disponible sur commande)

« Qu’en penses-tu, Raoul? Tu crois qu’on pourrait faire ça?« 

Sachant fort bien que l’idée de Blandine est déjà bien ancrée dans sa tête, il lui répond tout simplement par un sourire approbateur et sait déjà qu’il pourra lui proposer de retirer les lys malodorants!


Les mots en caractère gras ont été imposés par Isabelle-Marie d’Angèle. Je n’ai pas respecté les règles entièrement, c’est mon côté rebelle. 😉

Atelier d’écriture de Ghislaine #208

Douce révélation

Aimer se lever tôt
Profiter du clair silence
De la montagne sans écho
Hasard ou coïncidence

Urgent besoin de solitude
Retrouver le bon chemin
À travers cette lassitude
Extrême sans lendemain

Enfin, l’oiseau se lève
Hagard, il étire ses ailes
Picosse* le tronc sans sève
Inutile et vilain rituel

Face à ce cardinal
Se faire une raison
Promenade matinale
Douce révélation

*Picosser est une expression québécoise qui signifie entre autre: piquer avec le bec


Ce texte a été écrit grâce aux mots imposés de Ghislaine.

Vilain, silence, hagard, urgent, révélation, extrème.

Atelier de Ghislaine #206

Que deviendra-t-elle?

Depuis qu’elle est toute petite
De tous, elle subit l’ironie.
Elle se referme dans une espèce de gîte,
Dans l’attente, dans la mélancolie.

Elle pleure, seule, dans son lit.
Elle s’invente des amies imaginaires.
Face contre l’oreiller, elle crie,
Déverse des larmes solitaires.

À défaut de clarté,
Elle ferme les yeux.
Elle rêve de sérénité,
Elle rêve de merveilleux.

À force de solitude,
Transformée en fruit sauvage
De la ronce, de l’incertitude,
Sans aucun succès, ni bagage.

Que deviendra-t-elle?


Ce texte a été inspiré par les mots imposés de Ghislaine.

Ironie, attente, succès, défaut, ronce, clarté

Tranche de vie d’une sexagénaire – Pourquoi attendre?

La tempête s’est poursuivie jusqu’au petites heures du matin. Raoul avait bien fait de préparer un sac week-end avec tout ce dont il avait besoin pour séjourner chez Blandine jusqu’au lendemain. Les routes étaient désastreuses et aux nouvelles de fin de soirée, on parlaient de plusieurs sorties de routes.


Lundi matin.  La neige a cessé de tomber.  Le soleil est de retour. Faire la grasse matinée dans les bras de Raoul, celui qu’elle appelle maintenant « son Homme ».  Pur bonheur!

Être à ses côtés, jour et nuit.  Ne plus craindre la solitude.

Continuer à deux afin de ne pas sombrer dans l’ennui.

Blandine poursuit sa rêvasserie, les yeux ouverts, un sourire naïf au coin des lèvres.  La pandémie des dernières années lui a fait réaliser bien des choses.  Ça fait tellement longtemps qu’elle y songe.  Mais qu’attend-elle pour lui dire tout haut ce qu’elle a en tête depuis un bon moment?  Attendre impatiemment le week-end pour être heureux.  Attendre les vacances pour profiter de la vie.  Attendre de voir fondre la neige pour lui partager sa pensée.  Attendre, toujours attendre.  À son âge!  Pourquoi attendre?  La vie est si courte.  Pourquoi se contenter de peu?

Raoul se tourne vers elle.  L’air heureux.  Elle lui rend son sourire.  Et sans attendre, avant même de lui dire bonjour, elle lui lance, non sans un brin de nervosité dans la voix: »

Raoul, que dirais-tu de venir t’installer ici?  On pourrait même faire ça avant Noël si tu veux! J’aimerais tant poursuivre ma route avec toi, jour après jour.  »


Ce texte a été écrit dans le cadre d’un défi lancé par l’Atelier d’écriture de Ghislaine. Les mots imposés étaient: Sombrer, fondre, craindre, poursuivre, continuer, faire + inclure 5 mots débutant par la lettre N.

Tranche de vie d’une sexagénaire – Dimanche enneigé

Blandine regarde par la fenêtre.  C’est tellement triste de voir tous ces arbres dénudés de leurs feuilles qui semblent attendre impatiemment la première neige qui recouvrira enfin leurs branches squelettiques.

Le vent s’élève soudainement.  Une poudrerie* s’installe. Exactement comme nous l’a prédit, ce matin, la dame de la météo de Salut Bonjour**. Une légère couche de neige tapisse rapidement le sol.

« Avec cette température, Raoul ne viendra sûrement pas faire son tour. » pense tout haut Blandine.

Elle referme le rideau de dentelle blanche et s’installe à sa table d’écriture. Elle ouvre le tiroir et en sort son plus beau papier à lettre.  Un papier qu’elle a reçu en cadeau de son amie Louiselle, juste avant son déménagement sur la rive-sud de Montréal. Et oui, Blandine est de la génération qui utilise encore le papier et le timbre poste.  Elle décide d’envoyer une lettre à son amie de toujours à qui elle se sent à l’aise de partager ses confidences. Mais c’est aussi pour le plaisir de recevoir, en retour, du courrier par la poste.

Elle n’a pas le temps de sortir sa plume de l’étui qu’on frappe à la porte.

En écartant le rideau, elle aperçoit un Raoul à la moustache enneigée qui lui sourit à belles dents en retenant son chapeau.

« Blandine! J’ai pris la décision de venir te voir malgré la tempête! Regarde, j’ai même apporté quelques vêtements de rechange au cas où il me serait impossible de retourner à la maison ce soir! »

(Note de l'auteure: "Ah le coquin! Il a tout prévu!")

« Entre, Raoul, entre! Ma parole! Tu es fou d’avoir braver cette tempête! Mais, je suis tellement contente de te voir! Donne-moi ton manteau et installe-toi au salon, je te rejoins à l’instant. Prendrais-tu un café? »

Sans attendre sa réponse, c’est d’un pas alerte que Blandine se dirige à la cuisine pour faire couler un café à celui qu’elle appelle maintenant « son Homme ».


*Poudrerie: Au Québec, neige fine et sèche que le vent fait tourbillonner.

**Salut Bonjour: émission télévisée du matin populaire au Québec.


Ce texte a été écrit grâce aux mots imposés par L’atelier d’écriture de Ghislaine. Les 6 mots proposés: Papier, vent, feuille, confidence, parole, légère

Tranche de vie d’une sexagénaire – Réflexion matinale

Réflexion matinale

Mi-novembre! Déjà!

Blandine prend tranquillement son café. Sans lait. Il n’est que cinq heures du matin. Elle aime se lever tôt. Elle a l’impression de s’approprier du temps qui lui reste.

L’obscurité est encore bien présente. Heureusement qu’il a commencé à neiger. Le paysage est de moins en moins grisonnant, car la semaine dernière encore, les arbres et le sol étaient aussi gris que sa chevelure de sexagénaire.

Elle s’installe, comme à chaque matin, devant son cahier d’écriture. Une musique douce accompagne ce moment. La lumière tamisée lui apporte ce calme dont elle a tant besoin. Les mots glissent sous sa plume comme par magie. Il lui arrive même d’ajouter un peu de couleur sur une page, entre les mots. C’est sa façon à elle de bien débuter ses journées.

Ce moment qui s’étire souvent jusqu’à ce qu’il fasse clair à l’extérieur.

Ces instants bien à elle d’une durée indéterminée qui lui donnent la vive impression d’être vivante et libre comme l’air?


Texte écrit selon les mots imposés de Ghislaine. Couleur, lumière, temps; durée, magie, air, clair, obscurité.