52 souvenirs d’enfance – Projet littéraire

Projet littéraire

1967-1968.

J’étais à l’école primaire, plus précisément en septième année.  Dans les années ’60, nous fréquentions l’école pendant sept ans avant d’accéder au secondaire.

Louise Aylwin était mon professeur de l’époque.  Pour le cours de français, elle nous avait proposé, en début d’année, un projet littéraire qui comportait plusieurs volets sur lesquels nous avions travaillé tout au long de l’année.  Voici le plan qu’elle avait dressé pour l’année:

  • Roman
    • Choisir un roman
    • Bien le lire
    • En parler devant la classe
    • Répondre aux questions du professeur
    • Écrire un court roman
  • Conte
    • Choisir un conte
    • Bien le lire
    • En parler devant la classe
    • Répondre aux questions du professeur
  • Journalisme
    • Faire connaître un journaliste
    • Présenter une série de ses articles
    • L’interviewer
    • Transmettre l’interview à la classe
    • Créer une série d’articles
  • Télévision
    • Choisir une émission
    • Dresser la liste des collaborateurs
    • Parler de l’émission devant la classe
    • Interviewer un collaborateur
    • Transmettre l’interview à la classe
    • Créer mon émission de télévision
  • Chanson
    • Transcrire une chanson
    • Faire écouter le disque à la classe
    • En parler en classe
    • Composer ma chanson
    • La montrer
  • Poésie
    • Insérer quelques poèmes
    • En apprendre un par coeur
    • Le réciter devant la classe
    • Composer mon poème

Depuis ce projet, que j’ai conservé précieusement, j’ai vraiment pris goût à la lecture et à l’écriture.  Louise a vraiment eu une grande influence sur moi. Et si je racontais chacun des volets…

à suivre…


Des mots et des images

Juin. La fin des classes.

La fin des classes

Lorsque juin se pointait le bout du nez, les journées se réchauffaient de plus en plus, le soleil se couchait à une heure tardive et l’école tirait à sa fin, pour la joie de plusieurs enfants.  Plus que quelques semaines avant le temps des vacances.  Le 23 juin était la date butoir qui marquait habituellement la fin des classes.

Durant ce dixième mois du calendrier scolaire, il y avait la période d’examens. Mois durant lequel je réunissais tous mes efforts dans le but ultime d’obtenir la meilleure note au dernier bulletin. Je prenais énormément de temps à la revision des matières acquises tout au long de l’année. Français, mathématiques, anglais, histoire, géographie, sciences naturelles, religion. Il fallait tout savoir, tout se rappeler.

Dès que les examens étaient passés, les derniers jours d’école étaient consacrés au plaisir.  On nous permettait d’apporter des jeux de société.  Moi qui était enfant unique, j’adorais ces moments passés à jouer avec les amis.  Mes jeux préférés étaient : Monopoly, un classique, Mile Bornes, Scrabble, Carrières, Clue et j’en passe!

Il y avait aussi la remise des prix. Plusieurs livres, contes, bandes dessinées ou autres étaient remis à plusieurs en cette fin d’année.

Mais le plaisir ne s’arrêtait pas là!

Je me vois encore, au dernier matin, marcher jusqu’à l’école, seau en main! Et oui, il fallait apporter un seau, un produit nettoyant et quelques torchons.  Les élèves étaient mandatés pour le « grand ménage » des pupitres et des casiers.  Grand moment de rires et de plaisir arômatisés d’odeur de M. Net et de Spic’n’span.

Finalement, arrivait le moment de la séparation, moment tant attendu par la plupart d’entre nous.  On devait quitter notre classe et le professeur qui nous avait accompagné tout au long de l’année. On quittait les camarades pour deux longs mois qui nous paraissaient, au départ, une éternité et qui pourtant s’avéreraient très courts au final!

Et c’est bras dessus, bras dessous, qu’on chantait à tue-tête:

« Vive les vacances, au diable les pénitences, on met l’école en feu et les profs dans l’milieu! ».

Et c’est ainsi que commençaient les deux mois de vacances bien mérités!


52 souvenirs d’enfance – Mes bottes à gogo roses

Mes bottes à gogo roses

Retour dans les années « 70.  Je fréquentais l’école secondaire.  Une école privée.  Le port du costume était obligatoire.  Jupe marine, polo blanc et veste de tricot rouge.  Difficile de développer notre style puisque toutes les filles portaient les mêmes vêtements jour après jour.  Vêtues de cette façon me permettait de croire que nous resterions toute notre vie dans une totale obscurité, sans aucune notoriété possible.

Le seul moment où on arrivait à se démarquer un peu des autres était à l’arrivée, le matin, ou après les classes.

À cette époque, la mode était aux mini-jupes.  Je me souviens très bien.  Elles n’étaient jamais assez courtes à notre goût. Les jupes du collège devaient atteindre la palette du genou. Pour me sentir à la dernière mode, je roulais le haut de ma jupe sous mon chandail lorsque je me rendais à l’école le matin et je répétais le même geste au retour à la maison.

Le port du chapeau était complètement absent pour les adolescentes, au risque d’attrapper une « grippe d’homme », ce qui aurait motivé une absence prolongée aux cours.

Je me souviens clairement d’une paire de bottes « à gogo » que mon père m’avait offertes.  Des bottes de cuir roses « bonbon » à talons!  Des bottes qui montaient au-dessus du genou! Je les portais fièrement avec mon imperméable de ciré noir dont le revers du col et des manches avait été recouvert de tissu à motif pieds de poule. 

Je  me rappelle encore de l’émerveillement sur le visage de mes petites amies qui m’attendaient de l’autre côté du grillage de la clôture, les yeux rivés sur mes bottes roses, vertes de jalousie.



52 souvenirs d’enfance – Amour d’adolescence

Amour d’adolescence

4 avril 1971

Cette date marque la journée de notre première sortie.

Nous étions adolescents.  Lui 15 ans, moi 16.  La semaine d’avant, il était venu remercier mon père et il en avait profité pour demander à me parler.  Et c’est là qu’il m’avait demandé de l’accompagner au cinéma.  Invitation que j’ai, bien sûr, acceptée sur le champ!

Fils d’un couple d’amis de mes parents, il demeurait en face de chez moi.  Il jouait au hockey dans la rue avec ses amis.  C’est à peu près tout ce que je connaissais de lui à ce moment-là.

Pour notre première sortie, nous avions convenu d’aller au Cinéma Crémazie à Montréal.  Le film à l’écran était « M.A.S.H. », film classé comédie, drame, guerre.  Un film qui a quand même remporté la palme d’or à Cannes en 1970.  Quand même!

C’était par un beau printemps!  Température presque estivale. J’étais vêtue d’un « hot pants », vêtement très à la mode au début des années ’70. Après le cinéma, nous avions marché, main dans la main. J’aurais voulu que cette journée ne se termine jamais.

Une sortie… et j’étais déjà follement amoureuse de ce jeune homme aux cheveux bruns et aux yeux bleus qu’il était et qui deviendrait l’homme de ma vie!

4 avril 2020. Quarante-neuf ans plus tard et toujours aussi follement amoureuse!


Des mots et des images

52 souvenirs d’enfance – Les provisions de grand-maman

Les provisions de grand-maman

Ma grand-mère maternelle habitait le quartier Villeray à Montréal.  Malheureusement, sa petite maison d’un étage a été démollie pour être remplacée par un condo de deux étages. 

Je retourne de temps en temps dans ce coin-là, tout simplement pour y marcher, caméra au cou.  Je sillonne les rues et les ruelles, j’arrête même pour parler aux marchands du coin afin de leur « piquer une jasette » et leur dire que ma grand-mère habitait le secteur lorsque j’étais plus jeune.

Le marché Jean-Talon

Grand-maman m’amenait souvent au Marché Jean-Talon situé au coeur du quartier de la Petite Italie.  On avait à peine quelques rues à marcher pour s’y rendre. On pouvait s’y procurer fruits et légumes frais provenant directement des producteurs.  L’ambiance était exceptionnelle, les marchands remplis de fierté derrière leur étal.  Je suis certaine que c’est grand-maman qui m’a transmis le goût de fréquenter les marchés publics. 

Les provisions

Elle aimait cuisiner pour les siens, elle aimait faire le plein de provisions.  Mais dans ce temps-là, les gens n’étaient pas équipés de grands réfrigérateurs et congélateurs comme aujourd’hui.

Par contre, je me souviens que nous pouvions accéder à la cave par une trappe qui se trouvait sur le plancher de la cuisine.  On utilisait une échelle de bois pour y descendre.  C’était un espace pas très grand, à même le sol, directement sur la terre.  Arrivé en bas, on tirait sur une corde qui pendait du plafond et qui servait à allumer une ampoule afin d’éclairer cet endroit qui servait de « chambre froide ».  J’avoue que je n’était pas très brave d’y descendre!

Grand-maman y conservait les pommes de terre, les carottes, les navets, les choux et les pommes.  Les plus belles pommes, « celles réservées pour la visite » comme elle disait, étaient enveloppées avec soin dans du papier de soie. Les autres étaient tout simplement déposées dans des bacs de bois que mon grand-père avait fabriqués. Grand-maman les utilisaient pour confectionner les desserts. Elle conservait aussi le précieux beurre à cet endroit.

La grande armoire

Sur le balcon arrière se trouvait une grande armoire dans laquelle elle accumulait ses desserts durant la saison précédant le temps des fêtes.  Tartes aux pommes et aux fruits de toutes sortes, mokas, beignes… tout ce dont on avait besoin pour se sucrer le bec!

Son jardin

Mais il n’y avait pas que le marché Jean-Talon pour s’approvisionner.  Elle avait aussi son propre jardin. Durant la saison estivale, une grande partie de la cour arrière se transformait en espace jardin. Que des tomates!  Je la vois encore avec son tablier cueillir ces fruits rouges dès qu’ils étaient mûrs. Elle les coupait en quartiers et les salait à son goût avant de les manger! 

Quelques fleurs venaient également agrémenter son jardin.  Des glaïeuls et des coeurs saignants.

Chez grand-maman, même si les temps étaient difficiles, même si l’argent était rare, on ne manquait jamais de nourriture! 



Des mots et des images

52 souvenirs d’enfance – L’heure du chapelet

L’heure du chapelet

Chez ma grand-mère maternelle, comme dans plusieurs familles québécoises, réciter le chapelet était une activité courante.  

Chacun avait son chapelet.  J’avais le mien. Probablement un cadeau reçu lors de ma Première Communion.

Une fois par semaine, « Le chapelet en famille » était diffusé à la radio de CKAC à 19 heures. Dans l’temps, on disait 7 heures du soir.  Cette émission animée par Monseigneur Paul-Émile Léger, rendez-vous hebdomadaire suivi par la population du Québec, était aussi populaire qu’un « Un homme et son péché », un radio-roman qui relatait l’histoire de Séraphin Poudrier et Donalda.  

Quand l’heure arrivait, chacun approchait une chaise proche du poêle.  Une chaise non pas pour s’asseoir, mais pour s’y appuyer car 15 minutes à genoux, c’était quand même assez long.

Grand-maman ouvrait la porte du four qui dégageait une chaleur que j’appréciais en saison hivernale.  Dès que la voix de l’archevêque se faisait entendre, nos doigts se plaçaient comme un automatisme sur les premiers grains de notre chapelet.  Nous étions prêts à répéter nos cinq dizaines de prières.  « Je crois en Dieu », « Notre Père » et « Je vous salue Marie », trois prières qui se suivaient dans un ordre connu de tous.


Faits recueillis sur le site des archives de Radio-Canada:

  • 65% des familles du Québec écoutaient « Le chapelet en famille ».
  • « Le chapelet en famille » diffusé à CKAC a débuté en 1950 et s’est terminé en 1970.

Des mots et des images

52 souvenirs d’enfance – Être enfant unique

Être enfant unique

Je me suis souvent fait dire: « Tu es chanceuse, toi.  Tu es enfant unique.  Pas de frère, pas de soeur.  Tu dois être gâtée! »  J’ai toujours détesté me faire dire de telles choses. Ça peut devenir blessant au fil du temps. Parce que, non, être enfant unique ne signifie pas nécessairement être gâtée, obtenir tout ce qu’on désire.  Certes, je n’ai jamais manqué de rien.  Mais j’étais loin d’être une enfant-roi.  Lorsque je désirais quelque chose, je ne l’obtenais pas immédiatement. Ce n’est pas parce qu’on est enfant unique que nos parents ont nécessairement les moyens de nous gâter.

Oui, être enfant unique a certes de bons côtés…

Mais il en a de mauvais également. Un des mauvais côtés qui me vient tout de suite en tête, c’est de n’avoir eu personne avec qui me chamailler.  Pour moi, le fait de n’avoir eu ni frère, ni soeur, a fait en sorte que j’ai trouvé difficile plus tard le fait de voir mes deux enfants se quereller, ne serait-ce que pour des futilités.  Rendue à l’âge adulte, je vivais très mal le fait de ne pas toujours être de la même opinion que mon conjoint.  La moindre petite chicane m’amenait à imaginer le pire des scénarios. 

Fort heureusement…

J’ai eu la chance de passer plusieurs de mes étés au chalet d’une de mes tantes.  Le fait d’avoir passé beaucoup de temps avec mes cousins et mes cousines m’a grandement aidé.  Je les considérais comme mes frères et soeurs. Je pouvais enfin partager mes loisirs avec eux.  J’adorais jouer à des jeux de société. Monopoly, Mile Bornes et Carrières faisaient partie de mes favoris.

Je me suis toujours sentie surprotégée par mes parents. 

Est-ce le lot de tous les enfants uniques? Je n’ai jamais eu énormément d’amies qui venaient à la maison, j’avais toujours l’impression que ça dérangeait.  Je n’allais pas non plus jouer ailleurs.  Ma mère était très stricte et contrôlante.  « Où vas-tu? » « Avec qui? »

Tout au long de mon enfance et de mon adolescence, j’ai eu énormément de restrictions pour les sorties et les heures de rentrée.  Difficile à vivre, surtout à la période de l’adolescence!

Par contre, j’ai su très tôt m’adapter à la solitude.

J’ai développé des loisirs qui exigent du travail intellectuel.  Lecture, dessin, écriture ont fait partie de ma vie dès mon plus jeune âge.

Je ne peux pas dire que j’ai vraiment souffert de ne pas avoir de frère ou de soeur, mais j’avoue que, secrètement, j’aurais aimé à certains moments de ma vie avoir un grand frère pour me protéger.



Des mots et des images

52 SOUVENIRS D’ENFANCE – DE LA MAIN GAUCHE

De la main gauche

Si on recule dans le temps, les gauchers avaient mauvaise réputation.  Tu as sûrement entendu des expressions telles que: « Être gauche« . Comme si écrire de la main gauche faisait de nous des maladroits!

Je suis gauchère. Mais il m’arrive aussi d’écrire de la main droite.  Je me considère donc comme ambidextre puisque j’utilise autant ma main droite que ma main gauche.

L’époque durant laquelle on nous empêchait d’écrire de la main gauche n’était pas très loin derrière moi.  Au début du XXe siècle, l’école interdisait même aux élèves d’écrire de la main gauche. J’ai même souvenance d’avoir entendu parler qu’une de mes tantes aurait connu les sévices de la gauchère en recevant des coups de règle de bois sur les doigts la contraignant à se servir de sa main droite pour écrire.  Quelle idée!

Heureusement, la religieuse qui m’enseignait en première année n’avait rien contre.  Même qu’elle souriait lorsque je changeais de main pour terminer l’exercice qu’elle nous avait proposé.  Je secouais alors la main gauche pour ensuite continuer à écrire avec ma main droite.

Pour l’écriture et le dessin, je suis beaucoup plus habile de la main gauche.  Par contre, je découpe de la main droite.  Il faut dire que dans les années ’60, les ciseaux pour gauchers n’existaient pas encore.  Du moins, je ne le crois pas.

Je tiens ma fourchette de la main gauche.  J’irais jusqu’à dire que j’ai un réel avantage sur les droitiers qui doivent continuellement changer leur fourchette de main lorsque vient le temps d’utiliser le couteau pour couper leur nourriture.

Est-ce que le fait d’être gauchère a fait en sorte que j’ai une plus grande capacité d’adaptation que les autres?  Je dirais que oui puisqu’aucun outil n’avait été conçu pour les gauchers, j’ai dû trouver des façons de m’adapter.

Je me suis toujours considérée différente des autres. J’ai vite trouvé l’avantage de ne pas être droitière. J’avais entendu dire que les gauchers étaient des artistes dans l’âme et je me suis mise à y croire!

Je suis fière d’être différente!


Des mots et des images

52 souvenirs d’enfance – Ma première bicyclette

Ma première bicyclette

J’ai reçu ma première bicyclette à l’âge de 6 ans.  Une CCM bleue turquoise et blanche 24 pouces. Les freins aux pédales.  C’est d’ailleurs la seule et unique bicyclette que j’ai eue.  On avait affaire à prendre soin de nos choses lorsque nous étions enfants car la vie n’était pas toujours facile côté financier.

Mes parents avaient choisi cette bicyclette dans le but que je la conserve longtemps, car je me souviens très bien que j’avait de la difficulté à l’enfourcher et même d’atteindre les pédales.  Ce vélo était beaucoup trop haut pour moi.  La preuve, mon père avait même fixé des blocs de bois sur les pédales pour me faciliter la tâche… et deux petites roues à l’arrière pour me permettre de garder l’équilibre.

À tous les ans, mon père prenait le temps de repeindre mon vélo ou du moins faire de petites retouches de peinture pour s’assurer que la rouille ne l’atteigne pas. 

Des genoux écorchés, j’en a eus!!!  Des « débarques », j’en ai pris!!!  Mais bon, ne dit-on pas que c’est en forgeant qu’on devient forgeron! Tiens cette citation me rappelle que mon grand-père paternel était forgeron de métier!

J’ai gardé cette bicyclette longtemps!!! Je l’ai même encore utilisée une fois mariée.  Et un jour, j’ai pris la décision de la vendre à une dame qui ne pouvait pas utiliser une bicyclette avec vitesses aux poignées à cause de l’arthrite qui la contraignait dans ses gestes.

C’est avec la larme à l’oeil que je vois ma bicyclette prendre une autre route!


Des mots et des images

52 souvenirs d’enfance – La laveuse à tordeur

La laveuse à tordeur de ma mère.

Même si les laveuses à linge, telles qu’on les connait aujourd’hui, ont fait l’apparition dans les foyers québécois à la fin des années ’50, ma mère tenait mordicus à conserver sa vieille laveuse à tordeur.  Pour le lavage, les vêtements étaient déposés dans la cuve remplie d’eau savonneuse et on devait ensuite les passer un à un dans l’essoreuse à rouleaux.

Mais un jour…

Dans les années ’60, ma mère s’est enfin décidée à franchir le pas vers la nouvelle technologie.

Je me souviens encore du moment où on est venu chercher sa vieille machine à tordeurs.  Les hommes ont embarqué la laveuse sur une remorque et ma mère a pleuré toutes les larmes de son corps lorsqu’ils sont partis avec « l’antiquité ».  Elle est resté là, debout sur le balcon, les yeux rivés sur le camion conduit par l’homme qui lui avait arraché son antiquité jusqu’à ce qu’il tourne le coin de la rue et disparaîsse à tout jamais.

La corde à linge

Pour les faire sécher, les vêtements mouillés étaient accrochés sur la corde à linge à l’aide d’épingles de bois.  La poulie soutenant la corde à linge qui s’étirait jusqu’au poteau d’Hydro Québec avait été fixée à la brique de la maison par mon père. 

Je ferme les yeux et je me souviens encore de l’odeur fraîche des draps séchés au gré du vent sous le soleil radieux.  Ma mère étendait dehors même en plein hiver.  La pauvre, elle pouvait bien faire de l’arthrite à la fin de sa vie.  Quand on rentrait les vêtements à l’intérieur, ils étaient raides comme une barre de fer et on devait les étendre à nouveau au sous-sol sur des cordes tendues d’un  mur à l’autre pour qu’ils puissent dégeler!  On faisait tout ça pour l’odeur!  Ca sentait l’frais!!!

Photo prise dans une Ruelle Verte de Montréal.
Crédit photo: Josée Cousineau

Le repassage

Adolescente, j’avais été mise en charge du repassage.  Était-ce parce que je le faisais bien?  Ou était-ce parce que cette tâche ingrate ennuyait ma mère?  Je ne saurais le dire.  Sauf que je me souviens très bien que durant la période estivale, j’installais la planche à repasser sur le balcon et j’accomplissais cette tâche en prenant du soleil.  Faire deux choses à la fois ne date donc pas d’hier!

Me croiriez-vous si je vous disais qu’à l’époque, on repassait tout… tout, tout, tout… même les serviettes, les linges à vaisselle et les taies d’oreillers. 

Finalement, à bien y penser, je ne vous cacherai pas que la sécheuse a fini par nous épargner énormément de travail!